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Texte : Animateurs BAFA et séjours adaptés : un danger ?

Cet article est issu d’une de nos publications ; l’Animacteur n°6 (août 2009)
Animateurs et sejours adaptés : un danger ?

Même s’il y a beaucoup à faire encore pour permettre l’accessibilité des loisirs et des vacances aux personnes en situations de handicap, force est de constaté que les séjours adaptés font maintenant partis du possible auquel des animateurs BAFA peuvent être confrontés. Le sujet n’est pas ici de s’étendre sur l’intérêt de ces séjours. Rappelons juste que pour certains jeunes, le séjour adapté peut répondre à des besoins. Besoins de se retrouver entre pairs, de partager un vécu commun, besoin de sécurité (affective), besoin de structure, de rythme adapté, d’outils spécifiques etc... Et il semble important de ré-affirmer que si ces séjours sont construits en prenant en compte la question du liens avec l’extérieur (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas), ils peuvent être vecteur d’intégration.
Plusieurs questions se posent alors :
Quelle formation pour ces animateurs ?
Quels moyens avant et pendant le séjour pour permettre à l’équipe, aux jeunes de vivre au mieux ce séjour ?

Ces séjours comportent certaines spécificités peu abordées lors des formations BAFA. Et si l’équipe n’est pas accompagné, ou si l’organisateur ne donne pas les moyens nécessaire à un accueil de qualité, on peut observer des situations effrayantes.
Ainsi lors d’un séjour, nous avons pu observer l’équipe d’animation constituer les piluliers à même le sol, dans la chambre de l’équipe parce qu’il n’y avait pas d’infirmerie. Cette équipe manipulait plusieurs médicaments différents, avec des pilules où l’équipe avait les génériques qui ne correspondaient pas à l’ordonnance. Les compétences requises dans ces conditions sont bien au-delà de celles dont dispose un assistant sanitaire armé de son seul AFPS (ou PSC1).
Sur combien de séjours, a-t-on pu observer des animateurs craquer, fondre en larmes devant la folie que peuvent nous renvoyer certains enfants ? L’équipe est confronté à la nudité des corps parfois déformés, renvoyant à une souffrance, à des odeurs venant de personnes qui neexprimant pas par la parole, à des cris dont le sens peut parfois nous échapper, à des comportements d’automutilation... Nos sens, en tant qu’animateur sont sollicités de manière inhabituelle, et tous cela nous renvoit à un monde vide de sens, chaotique, plutôt déroutant. Et dans bien des cas la direction est elle-même aussi déroutée par ces comportements et ne peut être d’un grand secours.
De plus, qu’est ce que l’activité avec ces jeunes polyhandicapés qui ne peuvent bouger que la tête ?

La formation BAFA ne semble pas particulièrement adaptée à préparer l’encadrement de ce genre de séjour. Dès lors il semble légitime de se poser la question d’un encadrement professionnel de ces séjours.
Cependant, il semble important, que ces séjours soient de véritable temps de vacances, qu’ils représentent une rupture avec le quotidien des enfants accueillis. Cette rupture doit aussi être présente dans la posture d’encadrement. Le regard posé, et la manière d’intervenir n’est pas la même selon que l’on soit animateur BAFA ou éducateur spécialisé (de la même manière que l’on n’envisage pas un séjour encadré par des instituteurs). Mais s’il est important de permettre à ces enfants accueillis de vivre cette rupture, cela ne va pas sans un cadre posé permettant à l’équipe d’animation d’assurer un accueil de qualité. Il est donc important de repérer les compétences liées à la fonction d’animateur, et celles qui relèvent d’un autre cadre.

Les Médicaments.

En début de séjour, est-ce l’équipe d’animation qui a les compétences de préparer l’ensemble des piluliers ?
Rappelons que la préparation de piluliers est un acte médical qu’un infirmier peut effectuer, et qui est remboursé par la sécurité social s’il y a une ordonnance de préparation de piluliers. Ainsi il est aisé de décharger l’équipe d’animation de ce travail en permettant l’intervention d’une personne de formation médical en début de séjour.
Donner les médicaments n’est pas non plus toujours aisé. Il semble plus simple et moins risqué que les médicaments soient donnés par l’animateur en référence de l’enfant ou du jeune. En effet ces animateurs connaissent mieux les enfants ou les jeunes, perçoivent mieux leurs rituels, leurs habitudes. De plus, donner des médicaments à un seul jeune diminue grandement le risque d’erreur au lieu d’imaginer un assistant sanitaire donnant des médicaments à 17 jeunes.
Néanmoins il s’agit de médicaments parfois puissants, avec un risque d’erreur qui reste présent. Il est alors du rôle de la direction, de l’assistant sanitaire ou d’une personne repérée comme compétente pour cela d’accompagner l’équipe sur ces questions. En cas de doute rappelons que le centre anti-poison peut donner de nombreuses informations sur la prise de médicaments (sur un médicaments pris deux fois, ou sur la possibilité d’un risque lié au décalage d’horaire dans la prise de médicaments par exemple).
Mais outre ces quelques aspects, il est courant qu’un animateur soit confronté à un jeune qui refuse de prendre ses traitements. Que faire dans ces situations ? Souvent s’armer de patience, savoir passer le relais... De plus, il est du rôle de la direction de s’assurer qu’une personne de l’équipe sera disponible et en capacité d’accompagner l’équipe d’animation sur ces questions, de mettre en place des outils permettant de diminuer le risque d’erreur dans la gestion des médicaments.

Au-delà de la question des médicaments, la formation BAFA ne semble pas couvrir l’ensemble des questionnements que peuvent rencontrer certains animateurs. On pourrait même se demander s’il existe une formation qui permet d’appréhender la psychose, et prépare ces rencontres tellement diverses. Comment alors préparer ces animateurs à accueillir cette différence, parfois extrême ?

Les Rencontres

Mais avant même d’envisager des rencontres, il faut préparer l’équipe d’animation à celles-ci. Des temps de formations autour des représentations et de la connaissance du public se relèvent alors indispensables. L’équipe de direction doit animer ou trouver les ressources nécessaires à l’animation de temps permettant aux animateurs d’évoquer leurs visions du handicap et de s’en construire des nouvelles. L’objectif de ces temps de formation est bien de permettre à l’équipe d’être dans la rencontre, et pas de s’enfermer dans ces représentations et ces appréhensions.
Il peut aussi être nécessaire d’aborder certains incontournables médicaux ; qu’est qu’une crise d’épilepsie ? Comment cela se gère ? Qu’est qu’un escarre ? Comment l’éviter ? Qu’est-ce qu’une fausse route ? Etc... Et peut-être aussi d’accompagner l’équipe sur une certaine compréhension de ce qu’elle peut rencontrer. Des pistes d’explications des crises de violence, d’automutilation etc...
Ces quelques éléments peuvent permettre à l’équipe d’analyser certains comportements, de les relativiser et de les mettre à distance. Mais aussi de mieux voir ce qui peut se jouer pour les enfants accueillis et d’être en mesure de conserver une posture accueillante.

Par la suite une rencontre avec les jeunes permet à l’équipe d’animation d’obtenir des informations sur les envies des jeunes. Mais ce n’est pas toujours choses aisées lorsque les jeunes ne parlent pas.
Qui mieux alors que les parents, les professionnels qui côtoient au quotidien ces jeunes, les connaissent d’avantage ? Un an de travail avec les plus grands psychanalystes ne permettrait sans doute pas une meilleure connaissance d’un des jeunes accueillis, tandis que celle livré par les personnes les rencontrant au quotidien.
Pour permettre aux animateurs de se projeter sur ce séjour une rencontre avec ces différents acteurs semble incontournable. Il s’agit néanmoins de rester vigilant face à ces informations ; elles parlent de l’enfant accueilli dans un cadre bien précis : celui de la famille ou de l’institution. Comment ce même enfant peut-il se révéler, se découvrir autrement si l’on ne lui offre pas la possibilité d’être autre ? Le danger de ces rencontres serait de considérer la parole des éducateurs ou des parents comme la vérité. Certes elle relève d’un savoir sur l’enfant cependant, il faut prendre en compte que selon le cadre, les personnes, les moments la personnalité des individus, ce savoir peut varier. Et il semble important de permettre et d’accompagner l’équipe d’animation à se détacher de ces informations (sans pour autant mettre en danger les jeunes accueillis).

Une des difficultés, lors de ces séjours est de permettre aux animateurs de rester en capacité d’accompagner les jeunes accueillis. Souvent lorsque l’on accueille des jeunes dont les comportements déroutent, semblent incompréhensibles, l’équipe d’animation se trouve envahie par ces comportements. La souffrance psychique qui peut en ressortir risque alors de mettre l’animateur en danger mais aussi l’enfant. En effet un animateur souffrant est aussi moins disponible, moins attentif pour les enfants.

Des espaces de paroles.

Pour permettre aux animateurs de se libérer des tensions qui les traversent, les espaces de paroles semblent très important sur ces séjours.
Dès lors la question du cadre de ces espaces doit être bien pensé par l’équipe de direction (ou avec l’équipe d’animation). Des personnes extérieures au séjour, en capacité d’animer ces groupes peut alors sembler d’un grand secours. La parole de l’équipe d’animation, sans la présence de la direction, se libère et permet de se décharger de moments qui peuvent rapidement devenir envahissants.
Des temps repérés et connus à l’avance permettent ainsi à l’équipe de tempérer et de se projeter. Par moment le seul fait de dire en réunion « cette question, cette situation pourra être traité d’avantage lors du prochain temps de paroles », apaise les choses et permet à l’animateur de retrouver l’énergie en lui, ce qui lui permettra de de retrouver une posture ou un accompagnement accueillant et de qualité.
La permanence du lieu joue souvent aussi sur le cadre de la réunion. Avoir un espace repéré propre à ce temps hors de l’activité qui peut régner sur le séjour aide aussi à libérer la parole.
Dans ces espaces de parole, l’équipe d’animation exprime ses difficultés, ses doutes. Pour que ces espaces puissent réellement exister, il est indispensable d’y poser un cadre précis. Ainsi, un cadre de confidentialité semble nécessaire. Ce qui se dit dans cet espace n’en ressort pas. Et la personne qui l’anime ne doit pas y déroger. De plus, l’absence de la direction sur ces moments permet de discuter en dehors d’un jugement et d’une représentation de savoirs qui est souvent attribuée aux personnes en direction.
Cet espace doit aussi être à l’abri du jugement. Si lorsque quelqu’un expose une difficulté rencontrée, cette personne est jugée, les participants ne se permettront plus d’exposer une difficulté ou un sentiment. Ainsi, c’est bien l’animateur de cet espace de parole qui en est garant dans un premier lieu. Cependant, il semble important que l’ensemble des personnes, et particulièrement les personnes de l’équipe de direction en soit garant et respecte également la confidentialité de ce qui se dit à ces endroits. Si des personnes souhaite parler des choses qu’elles ont discuté lors au sein de ces espaces, elles devront être vigilantes à ne pas impliquer les autres personnes.
Souvent, cet espace de parole animée par une personne extérieure ne suffit pas. Ainsi, des temps de discussions dans d’autres cadres doivent pouvoir avoir lieu. C’est à l’équipe de direction de s’assurer que d’autres espaces de paroles réguliers existent. Des règles similaire peuvent s’appliquer à ces espaces.

Ce texte n’a pas la prétention d’être exhaustif sur l’ensemble des conditions nécessaires au bon déroulement d’un séjour accueillant des enfants, des jeunes en situation de handicap. Cependant, il reprend des éléments qui semblent indispensables à mettre en œuvre pour qu’une équipe composée d’animateurs BAFA puissent le plus sereinement possible accueillir et faire vivre de réelles vacances à ces enfants ou ces jeunes.

Antoine Béliveau et Marie Lecolle

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