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Edito de la newsletter #26 de janvier 2012 : Bons vœux pour 2012...

L’éducation nouvelle,
des orientations éducatives éminemment politiques !

Poser ce titre, c’est affirmer dans un premier temps que l’éducation est politique. L’éducation produit des effets chez les personnes qui en sont bénéficiaires. Des micro-effets certes, mais qui à terme permettent ou pas de construire une personne critique, actrice dans la société. Les mouvements d’éducation sont intimement imbriqués dans le mouvement social en ce sens où l’on sait qu’il existe un lien étroit et fort entre une éducation émancipatrice et l’évolution vers une société plus juste, entre transformations des relations éducatives et transformations des relations sociales.

Effectivement en se référant à l’éducation nouvelle, notre choix est clair : il s’agit bien d’une éducation émancipatrice, démocratique qui refuse de dicter des modes de vie ou de formater les personnes. C’est la reconnaissance de la capacité humaine, la capacité de l’enfant : chacunE a le désir et les possibilités de se développer et de se transformer. Le rôle de tout éducateur et éducatrice (quelque soit son statut de parent, enseignant, animateur, éducateur spécialisé, éducateur de jeunes enfants, assistant social...) est entre autres de construire les conditions optimums pour que l’enfant, le jeune puisse utiliser ses potentiels. L’éducation nouvelle doit influencer, modifier les rapports de force, les rapports de pouvoir, les modes d’organisation, les processus de décisions, les espaces de paroles, la liberté individuelle dans le cadre d’un fonctionnement collectif....

Cette clarté d’intention est nécessaire pour éviter de réduire l’éducation nouvelle, l’éducation active à des techniques d’organisation des groupes, à des techniques d’apprentissages. Ne pas clarifier notre posture c’est prendre le risque d’une récupération, d’une confusion avec le secteur marchand. Oui le libéralisme peut saisir nos techniques d’apprentissage et d’organisation. Quand on regarde de plus près le management actuel, on repère l’utilisation du projet (et de la méthodologie du projet), des pédagogies actives (la place de l’agir dans l’apprentissage, dans la construction sociale et identitaire d’un groupe...).... Notre action éducative doit donc s’inscrire dans un mouvement social plus global. Notre dernier congrès national rappelait que les « CEMÉA ont nécessairement une action sur l’évolution de la société et qu’ils veulent participer à sa transformation. Ils situent leur action dans un courant de pensée de gauche sans aucune référence à une appartenance partisane... »
Dire cela c’est donc réaffirmer que nous tentons modestement, mais avec une certaine forme de volontarisme, de promouvoir des relations dans une logique coopérative et non compétitive, contre le modèle unique d’une économie de marché, dans une logique coopérative avec des relations démocratiques qui dépassent la seule dimension de la démocratie représentative.

Dire cela ne veut aucunement dire que nous échappons aux contradictions internes de vouloir vivre dans un système qui n’est pas le nôtre. Nous vivons plusieurs contradictions internes :
La logique concurrentielle (marché public, action de formation au sein du secteur marchand...) impose soit de se retirer de certains champs d’actions, soit de se conformer à un contexte qui crée inévitablement des tensions internes : la recherche de l’équilibre financier dans un cadre concurrentiel induit des pressions financières, humaines (au niveau des équipes permanentes)... La logique de marché est certainement une des expressions les plus perverses de la concurrence. Certains dirons qu’elle est une alternative à la politique guichet (ou dit autrement au clientélisme de certaines collectivités) Mais le marché concrètement n’empêche pas ces possibles dérives. Par contre on sait très bien que dans cette période de crise financière le mieux-disant est souvent le moins disant (pour obtenir le marché d’une formation, d’une délégation d’une action enfance-jeunesse... il faut proposer le prix horaire le moins élevé) quitte à mettre une pression sur les équipes salariées, quitte à offrir des services de moindre qualité. De même on sait très bien que le mieux-disant n’est pas forcément le mieux faisant et que le mieux-disant ne s’inscrit pas forcément dans une histoire, dans une association des acteurs locaux...
La logique concurrentielle crée un mode de relation aux autres associations, aux autres mouvements qui ne va dans le sens du faire ensemble, d’identifier nos spécificités, nos complémentarités. La logique concurrentielle peut créer des formes de replis sur soi et ne renforce pas l’idée du collectif, du faire avec d’autres...

Ces contradictions, ces tensions peuvent parfois nous interroger sur la pertinence de nos projets, de notre action. A quoi bon ? Nos mouvements, nos associations vivent souvent une tension entre le projet qui fait sens et les réalités d’un contexte social et économique difficile qui pousse parfois à adopter des postures non souhaitées. Nous sommes souvent dans une sorte d’exercice de funambule qui tend un câble amarré à la fois à nos valeurs et au contexte social et économique. Si on souhaite malgré ces contradictions, maintenir la conduite d’un projet associatif, maintenir la conduite d’actions cohérentes avec nos valeurs et principes d’éducation nouvelle ; il convient d’adopter plusieurs postures :
Garder le projet comme vecteur principal de notre action. En ce sens nous devons interroger régulièrement nos actions, nos attitudes et prendre le temps d’évaluer et de vérifier la pertinence de nos choix au regard de nos valeurs.
Construire avec d’autres, dans le cadre de relations partenariales, dans le cadre de collectifs, des espaces afin de réduire nos concurrences si elles existent, de mutualiser certains moyens, voir de tenter de construire des alternatives à une logique de marché...

Pour les CEMEA l’année 2012 s’inscrit entre autres dans ces objectifs. A l’interne c’est une année de validation institutionnelle d’un projet associatif, et donc une année de mise en œuvre avec une réflexion importante sur nos fonctionnements internes. Cette attention particulière, qui fait l’objet d’un chapitre spécifique dans notre projet, s’inscrit dans une nécessité et dans une éthique. La fin ne justifie pas les moyens. Nous devons donc en permanence chercher, construire des modes de fonctionnement adaptés au contexte et cohérents par rapport à nos valeurs et principes. Pour les CEMEA Pays de la Loire, cela se traduit par la mise en œuvre de processus d’accueil de nouveaux et nouvelles militants, d’appropriation du projet, du fonctionnement associatif, du contexte dans lequel il s’inscrit, de processus d’élaboration, de construction des propositions et un processus de décision le plus démocratique possible. La démocratie que les CEMEA inventent au quotidien n’est pas parfaite, mais une recherche-action permanente qui situe nos pratiques autour de plusieurs formes de démocratie (représentative, participative et directe).
A l’interne ce sera pour nous une année importante autour des locaux. Nous avons vendu nos locaux du 17 rue Paul Bellamy en 2002 suite à plusieurs exercices comptables déficitaires qui nous ont contraints à une telle décision. En 2002 nous déménagions et notre siège social régional se situe au 15 bis allée Cdt Charcot avec un lieu très bien placé au niveau de la dynamique militante (Gare Nord). Les locaux n’étant suffisamment grand (130 m2) nous louons aussi des locaux Rue du Gois pour certains bureaux et pour des formations professionnelles (animation professionnelle, assistante maternelle...) de 370 m2. Le développement de notre activité nous impose une réflexion importante. À ce jour sur la Ville de Nantes, nos différents loyers, sans les charges, représentent près 70 000 euros. Des charges importantes que l’on pourrait éventuellement mettre dans un investissement immobilier, plus que dans des charges locatives que l’on verse à des propriétaires. Mais dès que l’on aborde cette problématique, plusieurs questions arrivent. La première est celle de notre capacité ou non d’investir. Question d’autant plus complexe dans un contexte économique, social et politique qui ne nous donne pas de grande lisibilité dans les années à venir. Question qui nous amène aussi à réfléchir sur la dimension, la surface des locaux et le niveau d’activités qui nous permettrait d’amortir l’achat sur les vingt années à venir. De même il existe des échanges avec des partenaires laïcs de l’éducation populaire pour éventuellement partager, mutualiser des locaux communs. Cet réflexion sera importante cette année car nous ne pourrons mener ce projet à terme avec une aide, un soutien à définir entre autres avec certaines collectivités (Conseil Régional sur le développement de l’outil de formation professionnelle, Ville de Nantes peut être au regard de locaux ou de terrains disponibles...) On peut repérer que la fenêtre se situe maintenant, avec la perspective d’élections locales en 2014.

A l’externe plusieurs enjeux existent pour l’année 2012. Le 1er se situe dans une actualité avec une forte mobilisation de la JPA dès le mois de Janvier 2012. Effectivement la remise en cause du CEE nécessite pour nous de défendre un réel statut de volontariat éducatif et un champ des vacances et des loisirs qui doit échapper le plus possible au secteur marchand. L’année 2012, en particulier à travers le CRAJEP (Comité Régional des Associations de Jeunesses et d’Éducation Populaire), représente aussi plusieurs enjeux. Le premier c’est celui de poursuivre notre travail autour nos actions de concertation des jeunesses. Action dans laquelle le CRAJEP est associé depuis 2005. Mais cette année cela va être une année forte d’échanges, de concertation avec le Conseil Régional Pays de la Loire autour de la formation professionnelle. 2014 sera une nouvelle année pour le Programme Régional de la Formation Qualifiante. Pour une mise en œuvre, dans une logique qui légalement reste une logique de marché (Loi Sapin), du PRFQ les
travaux démarrent en 2013. L’année 2012 peut donc être entre le CRAJEP et le Conseil Régional Pays de la Loire une année de concertation, et de recherche sur la réduction des effets pervers du marché, sur la prise en compte d’expérimentations, de recherches, sur la définition plus précise et plus pertinente des besoins de formation...

Mais l’année 2012 sera une année électorale importante. Une mobilisation est en cours au sein du CRAJEP et au sein de la CPCA (Conférence Permanente des Coordinations Associatives) L’enjeu pour nous est de tenter que certaines problématiques soient abordées au sein de ce débat électoral et de permettre aux candidats de se positionner, de s’engager de manière ambitieuse sur certaines de nos thématiques.

Pour la jeunesse, on peut identifier quelques objets. Les points qui suivent représentent quelques points défendus les AJEP depuis quelques années :
La compétence jeunesse et la réforme des collectivités territoriales
Il nous semble que la compétence jeunesse doit être partagée par l’ensemble des collectivités et l’État, sans définir de compétences exclusives mais en définissant des chefs de file. En d’autres termes, il faut laisser le droit aux collectivités d’intervenir librement tout en définissant qui du département, de la région, de l’intercommunalité ou de la commune, assurera la cohésion de ces interventions. Face à la réforme des collectivités territoriales et aux nombreuses incertitudes qu’elle génère, nous invitons au niveau national comme à l’échelon local à engager une vision renouvelée de l’action publique territoriale qui repose sur une triple ambition :

  • Donner un nouvel élan à la décentralisation
  • Placer la jeunesse au cœur des priorités
  • Renforcer et dynamiser la démocratie

De l’expression à l’engagement des jeunes
Il convient de favoriser l’expression et l’engagement des jeunes en mettant en place des expérimentations et des cadres qui favorisent un processus global :

  • Renforcer les démarches de démocratie participative et de co-décision
  • Reconnaître l’engagement sous toutes ces formes (associations de jeunes mineurs, volontariat éducatif, service civique, volontariat international...)
  • Permettre au jeunes d’accéder à des responsabilités politiques
  • Encourager le renouvellement des élus associatifs et syndicaux

Pour une émancipation globale des jeunes
Permettre aux jeunes de se construire et d’agir pour un projet d’éducation globale, c’est leur donner les conditions de l’émancipation ( logement, emploi, mobilité...) :

  • Reconnaître et appuyer les démarches de l’éducation non-formelle
  • Créer des passerelles entre les différents acteurs de l’éducation, dans et autour de l’école
  • Reconnaître et valoriser l’éducation tout au long de la vie
  • Offrir aux jeunes un statut social équitable
  • Permettre l’accès à un logement décent
  • Aider à la construction d’un « bien être moral et physique »

Au niveau de la vie associative nos réflexions que l’on souhaite voir apparaître sont multiples. Cela s’inscrit dans un premier temps dans la reconnaissance du secteur associatif : la reconnaissance par rapport à l’intérêt social que représente le mouvement associatif, par rapport à la contribution que peuvent avoir les associations dans la vie sociale et publique. Cette reconnaissance doit se traduire de plusieurs manières :

  • Sur l’ensemble des collectivités et au niveau de l’État associer les associations dans les espaces de concertations et de consultations. Les associations doivent être des interlocuteurs systématiques du dialogue social et civil.
  • Une aide à l’emploi. Il faut que l’on fasse reconnaître la place des associations dans le développement social et économique de la France. Aujourd’hui si on regarde la question de l’emploi, le secteur associatif représente plus de 10% de l’emploi en France. A minima il faut demander une proportionnalité des aides avec le secteur marchand au niveau des aides à l’emploi et des plans de relance économique. Il est de même important de travailler à une stabilité des politiques publiques en particulier en matière d’emplois. Aujourd’hui les dispositifs évoluent tous les trimestres. Il est de même aussi fondamental de travailler sur des dispositifs à moyen terme. L’exemple des emplois tremplins est à ce titre intéressant. Il s’inscrit dans une durée de 5 ans, de manière dégressive ce qui pose dès les premières années l’enjeu des modalités de pérennisation. Cet exemple est éloquent au regard des différents contrats type CAE, CUI sur 6 mois à 2 ans...
  • La reconnaissance de l’utilité sociale doit s’inscrire entre autres par les subventions de fonctionnement. La LOLF (Loi d’orientation des lois de finance) de 2001 a renforcé la culture du projet, la culture du chiffre et du résultat. Les CPO (convention pluri-annuelle d’objectifs) doivent absolument prendre en compte une part de fonctionnement. Il existe une loi qui permet le financement des partis politiques, les associations de même (au regard de leur utilité sociale) doivent avoir des financements, des aides qui assurent leur capacité de fonctionnement.

Régis Balry et Jérôme Deniaud
Pour les CEMEA Pays de la Loire

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