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Drôle de leçon de morale !

Luc Chatel a déclaré dans Le Parisien, il y a quelques jours, le retour de la morale à l’école. « A l’école on n’apprend pas que des contenus de programme, mais aussi un comportement et cela doit nous servir tout au long de la vie. » Bon, ce n’est pas une nouveauté mais du réchauffé, Darcos avait tenu le même discours avant lui.
Et ce retour en force ne surprend pas, il correspond au discours ambiant moralisateur et sécuritaire de la société dans son ensemble. Ordre, autorité, discipline avez-vous entendu ici et là... Et tolérance, citoyenneté, respect des différences, émancipation, où sont-ils ? Sont-ils encore dans l’air du temps ou sont-ils balayés ?
Si ce retour à un passéisme conservateur n’était pas grave, il ferait presque sourire. Car il faut quand même oser assumer de s’affirmer chantre de la morale quand on se révèle champion de la déréglementation tout azimut. Suppression de la carte scolaire, mise en concurrence des établissements, casse de la formation et remise en cause du statut d’enseignant, escamotage de 16 000 postes et, cerise sur le gâteau, argent public donnée à l’école privée, sans honte aucune... Le modèle ultra libéral est fort loin d’être d’une moralité à tout épreuve....
Donc, une leçon de morale afin que le professeur« transmette un certain nombre de valeurs ». Mais alors, quelle valeurs ? L’obéissance, yeux fermés, bouche cousue à une évaluation technocratique et absurde ? La soumission à une caporalisation de tout le corps enseignant ? L’acceptation d’une école, d’un système où la pédagogie est niée ?
De quoi parle-t-on au juste ?

Meirieu, qui refuse que l’idéologie des compétences devienne une théorie de l’apprentissage, explique au Café pédagogique :
« Comment croire à la volonté d’aider les enseignants à innover quand, dans le même temps, partout, les innovateurs sont désavoués ? Comment entendre les appels – certes mesurés ! – à l’initiative quand on connaît l’obstination de l’administration à brandir systématiquement les obstacles et à mettre en place les règlements les plus dissuasifs ? Comment prendre au sérieux la volonté de lutter contre les inégalités quand la politique des ZEP va à la dérive et que le « pilotage par les résultats » consiste, pour l’essentiel à « arroser là où c’est mouillé » ? Comment croire qu’on veut « la réussite de tous » quand on cherche simplement à mettre à l’abri « les meilleurs des plus pauvres » dans des « internats d’excellence » (qui ne reçoivent, d’ailleurs, que 0,6% des boursiers) et qu’on continue à supprimer allègrement les Réseaux d’aide aux élèves en difficulté (RASED) qui vont « perdre », à la rentrée 2011, plus de 30 000 élèves ? Que penser des affirmations répétées sur l’importance des acquisitions linguistiques premières pour les enfants les plus fragiles quand on sait qu’il y a moins de 1% d’enfants de 2 ans en maternelle dans le 93, alors que la moyenne nationale est de 15% ?

Je fais l’hypothèse que l’Éducation nationale est aujourd’hui une « machine à fabriquer des compromis impossibles » : quelques cadres encore formés à la pédagogie et héritiers de la loi de 1989, tant décriée par ailleurs, ont la charge de produire un rideau de fumée idéologique permettant de faire passer, en sous main, une orientation politique radicalement libérale fondée sur la privatisation larvée, le culte de la performance individuelle, la réduction des objectifs de formation aux critères de l’employabilité, la « passification » scolaire comme gage de la pacification sociale… Mais cela, de toute évidence, ne marche pas. Ni en termes d’amélioration des résultats et de lutte contre les inégalités, ni en termes de confiance retrouvée des enseignants et des parents… Ce ministère ne fait plus illusion ! »

Dans ce contexte périlleux, à nous de bien penser la place de l’éducation nouvelle et populaire. Notre champ d’action, avec les autres associations laïques complémentaires de l’école, est bien vaste...

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