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LA REFORME DES RETRAITES : QUELLE IMAGE POUR LA JEUNESSE ?

Les jeunes, lycéens et étudiants, entrent depuis plusieurs jours dans le mouvement social de contestation et de refus de la réforme des retraites mise en œuvre par le gouvernement.

Les CEMEA mouvement de Jeunesse et d’Education Populaire, en contact quotidien avec les jeunes comprennent cette mobilisation et y apportent leur soutien.

Des arguments démobilisateurs sont actuellement développés à l’attention de la jeunesse. L’âge de la retraite sonnant pour eux dans quarante ans ils ne seraient pas concernés, de nombreux
changements de conjoncture pouvant intervenir d’ici là. Il est dit également que plus de séniors au travail produiraient plus de richesses, conduisant alors à plus d’emploi pour tous. Il est dit, enfin, que ces jeunes sont manipulés, qu’il ne s’agit là que d’une poussée d’acné contestataire... quel mépris !

Nous pensons, comme la plupart des analystes, que la mobilisation des jeunes, et les réponses qui sont à y apporter, pose bien d’autres questions que la société et le gouvernement feraient bien de
prendre fortement en compte.

Le prolongement de l’âge de la retraite laisserait automatiquement penser que, l’emploi étant stable, il y en aura encore moins pour les nouveaux entrants et que c’est donc le chômage des jeunes qui est
à la clé. Ce sentiment de privation, largement appuyé sur un vécu de précarité professionnelle, est à prendre en compte au risque d’une coupure réactionnelle entre les adultes ayant un emploi et les
jeunes privés de celui-ci. Le débat échappe ici à la sphère économique pour toucher aux symboliques intergénérationnelles.

Les jeunes comprennent bien que ce qui est proposé est incohérent, inconséquent voire cynique. Ils comprennent bien qu’on leur propose d’être au cœur d’une tenaille. D’un côté une entrée dans
l’emploi de plus en plus tard, et de l’autre côté une exclusion de l’emploi de plus en plus tôt. Et entre les deux une augmentation du temps de cotisation nécessaire pour avoir une retraite normale qui est
impossible. Et aucune réponse gouvernementale à cette contradiction flagrante. Cela ne peut être perçu que comme de l’irresponsabilité voire de la provocation.

La question technique de l’équilibre des caisses de retraite masque aussi un débat de fond ; celui du rapport au travail, de l’accès à celui-ci dans sa dimension symbolique et culturelle, et de sa cessation
officielle avec alors la possibilité de conserver une activité dans une dynamique de vie sociale. De plus ces inventions multiples de contrats aidés, précaires, dérogatoires, l’explosion des stages
comme seules solutions professionnelles disponibles, laisse penser aux jeunes qu’ils sont abandonnés, sacrifiés. C’est aussi cela qui les pousse aujourd’hui dans la rue.

Certains jeunes souffrent encore plus que d’autres de discriminations, de rejets, alimentant des sentiments de défiance, parfois un sentiment radical d’abandon. Enfants de parents immigrés ou
immigrés eux-mêmes, peu ou non qualifiés, ils voient bien comment la vie se passe sans eux. Cette rage indifférenciée s’exprime également dans la rue, comme elle s’était exprimée à l’automne 2005 et l’on cherche toujours le plan Marshall pour les banlieues qui avait fait tant couler d’encre à l’époque.

A la place de ces incohérences, de ces inégalités de traitement, de ces arrières pensées politiques, de ce cynisme, il y a besoin de reconnaissance, de solidarité et d’équité vis-à-vis de la Jeunesse. Il y a
besoin d’une vraie politique pour la Jeunesse.

Les CEMEA.

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