Le secteur de l’animation en crise ?

Une crise – pas forcément. Pas forcément parce que le mot crise sous entendrait un état ponctuel et un état qui était et qui reviendra stable. Or nous ne pouvons pas l’affirmer. Mais quelques évènements récents viennent nous alerter sur une situation qui se tend et qui pourrait aller à la rupture .

Effectivement le secteur connaît des difficultés de recrutement depuis plusieurs mois. La période Covid a certainement amplifié la situation avec une réduction du nombre de personnes formées, des conditions de travail avec des protocoles sanitaires qui font parfois perdre le sens du travail…

Des enquêtes ont été réalisées par les syndicats employeurs (Hexopée, UDES) pour faire ressortir des éléments connus. Rien d’extraordinaire mais avec l’intérêt d’une possible prise de conscience (au moins partielle) des employeurs associatifs mais surtout de l’État, des collectivités.

Ces enquêtes font ressortir 3 éléments structurels qui expliquent la difficulté de recrutement actuelle :

  • Des trop faibles revenus avec un besoin d’augmentation des revenus mais aussi d’une stabilisation des postes (trop de CDD)
  • Un manque en terme de formation
  • Une trop faible lisibilité et visibilité du secteur

Cette difficulté a été médiatisée par :
• La sortie de deux rapports nationaux (commandés par l’État) sur le périscolaire et sur le BAFA/BAFD :

Le rapport dresse un état réaliste et donc catastrophique. L’intérêt de ce rapport : c’est que l’on ne peut pas dire qu’il soit écrit par des « méchants gauchistes ». Les constats sont clairs :

  • un manque de stabilité structurelle et économique liée au manque de stabilité politique (alternance)
  • une qualité de l’emploi moyen, avec beaucoup de précarité – et qui ne répond pas aux enjeux
  • la professionnalisation trop faible (peu de personnes diplômées du CP ou BPJEPS) avec le BAFA restant le seul brevet et majoritaire (et pourtant non professionnel)
  • une faible continuité éducative entre les professionnel-les (école, accueil périscolaire, ensemble des acteurs professionnels d’un territoire) : nous sommes plus sur de la cohabitation, de la juxtaposition, que sur de la coopération
  • ...

• La grève intersyndicale lancée le 14 et 15 Décembre dernier, après une première mobilisation le 19 Novembre 2021. L’intersyndicale a construit autour de quelques axes et constats que l’on pourrait faire nôtres :

  • "les pouvoirs publics ne financent pas l’accueil de loisirs et les structures d’Éducation populaire à hauteur des besoins ;
  • les collectivités territoriales et les associations développent une concurrence acharnée qui se traduit par une marchandisation au rabais des travailleur.ses ;
  • les travailleur.ses du public ou du secteur privé connaissent la même précarité, les contrats atypiques, les mêmes conditions de travail et d’emploi ;
  • les métiers de l’animation et de l’Éducation populaire ne sont pas reconnus et sont méprisés ;
  • il est impossible de se projeter, d’envisager une carrière, une évolution professionnelle."

Alors que faire ? À ce jour les CEMEA agissent dans trois directions :

  • Nous positionner et communiquer nos positionnements (voir le texte qui suit « Pour un grenelle de l’animation »)
  • Soutenir et participer à la hauteur de nos moyens à des mobilisations. Nous devons soutenir, participer, communiquer les mobilisations comme celle du 14 décembre 2021. Nous devrions d’ailleurs impulser, proposer une convergence de ces luttes (contre les mêmes logiques – même si les situations ne sont pas les mêmes) avec les enseignant-es, les travailleurs-euses sociaux, les soignant-es.
  • Agir dans un cadre institutionnel. À l’échelle de la Région nous avons proposé (au titre du CRAJEP) à l’État (Drajes) d’organiser des États Généraux de l’Animation à l’automne 2022 (le calendrier électoral ne permettait pas que cela puisse se produire plus tôt). États généraux sur lesquels nous cherchons la présence des syndicats employeurs, salariés, collectivités (l’ensemble), CAF, l’État… L’objectif est poser des constats partagés et faire évoluer les politiques publiques. Bien évidemment ce troisième axe a besoin d’un deuxième axe fort pour pousser les collectivités, l’État à une évolution de certaines politiques publiques. À noter aussi que cette démarche régionale doit aussi se dérouler à l’échelle nationale pour aboutir sur la globalité des sujets et des problématiques.

Pour un grenelle de l’animation

L’actualité du secteur de l’animation est importante et parfois même médiatisée :

  • Un appel à la grève nationale essentiellement dans le périscolaire et les accueils de loisirs – sans que ce soit exclusif
  • Difficulté de recrutement dans le secteur

Les raisons de la situation sont connues et ce depuis des années.

  • Une problématique de rémunération – avec des salaires trop bas en particulier pour la majorité des animateurs et animatrices qui sont dans le face à face. Aux salaires trop bas, il convient de rajouter les temps partiels subis.
  • Des conditions de travail : on parle souvent des horaires du périscolaire avec une amplitude parfois de 12 heures pour 5 heures de travail. Mais ce n’est pas tout et nous constatons parfois certaines problématiques : mauvaise ambiance avec des relations hiérarchiques trop directives et autoritaires ; des protocoles sanitaires qui font sans cesse le yoyo avec des impacts sur les modes de relations avec les enfants mais aussi les parents ; des projets éducatifs et pédagogiques qui ne tiennent pas et posent la question du sens de l’action et du métier ; des manques d’espaces pour dire, pour se dire et élaborer…

Les CEMEA sont solidaires de ce mouvement et inquiets de la situation du secteur et entre autres de la difficulté de recrutement. Les CEMEA pensent qu’il est nécessaire d’avoir une concertation (Grenelle – peu importe le nom) au niveau national car la responsabilité de la situation ne peut pas incomber aux seuls employeurs.

Les CEMEA proposent un véritable grenelle au niveau national qui doit permettre :

  • de distinguer l’animation volontaire (qui est engagement volontaire, ponctuel – qui pourrait sortir du cadre du salariat) de l’animation professionnelle (des personnes qui en vivent, qui pratiquent à l’année). Les salarié-es de l’animation professionnelle doivent bénéficier d’une formation professionnelle ! Au même titre que les enseignant-es, infirmier-es, éducateurs et éducatrices. Nous devons donc mettre en œuvre un plan global autour de la formation professionnelle.
  • de réduire les précarités par un relèvement des salaires (indices) les plus bas, par une réduction du temps partiel subi par la fusion du périscolaire et de l’accueil de loisirs (vacances). Ce dernier point permet aussi de travailler autour de la continuité éducative et d’un accueil de qualité des enfants et des familles. Ces mesures ont un coût qui ne peut pas être assumé par les seuls employeurs. Cela concerne donc l’ensemble des collectivités et l’État.
  • de sortir de la logique de marché public qui met en concurrence les organisateurs – employeurs et imposent une précarisation : pour obtenir le marché on met les salaires les plus bas possibles (indice 250 de la convention animation - éclat)
  • de donner, renforcer, redonner du sens au projet. Le projet éducatif et pédagogique doit viser à construire un épanouissement mais aussi une politique d’émancipation des enfants et des jeunes. Et si nous parlons de citoyenneté, de démocratie enfantine… ; il convient aussi de le travailler à l’échelle des équipes : des projets co-construits en équipe et qui fédèrent !

CEMEA Pays de la Loire
Le 14/12/2021