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Les CEMEA doivent-ils faire des formations délégué-e-s d’élèves ?

Je vais essayer de donner quelques éléments de réponse à une question que se posent certain-e-s : « Les CEMEA doivent-ils faire des formations délégué-e-s d’élèves ? »

J’en vois, sitôt la question lue, qui vont faire un bond au plafond. Quel drôle de questionnement, bien sûr qu’on doit ! Et qui vont vite fait sortir leurs arguments. Arguments, je les rassure, que je défends aussi.
Je vous en cite quelques uns.
Les Ceméa fondent leurs actions dans les valeurs de l’éducation nouvelle et de l’éducation populaire, avec cette phrase clé « Il n’y a qu’une éducation, elle s’adresse à tous, elle est de tous les instants. Tout être humain peut se développer et même se transformer au cours de sa vie, il en a le désir et les possibilités » (Gisèle de Failly, pour celles et ceux que les références intéressent).
Pour les Ceméa, les idées et pratiques de l’éducation nouvelle ne se réduisent pas à des méthodes pédagogiques, elles sont ancrées dans une conception de l’éducation fondée sur la participation qui rend la personne maîtresse de son projet de formation.

En ce sens, contribuer à former à la citoyenneté, à permettre des espaces de parole, de proposition et de décision à des jeunes pour qu’ils participent activement au lieu de vie dans lequel ils s’inscrivent semble tout à fait en accord avec les valeurs que nous défendons.
D’autant que l’éducation nouvelle est bien un projet politique s’inscrivant dans une lutte, partout et à tout moment, pour que toute personne, quel que soit son âge, quel que soit son propre contexte, sans discrimination aucune, soit, devienne sujet et acteur de son propre développement et de la transformation de son environnement.

Cela signifie que, où que ce soit, on contribue à mettre en œuvre une démocratie active. On pourrait même dire que l’on axe plus nos interventions pour contribuer à former des citoyens qu’à former à la citoyenneté. Il est des nuances qui ne sont pas neutres...

Maintenant, place aux réticences. Qui s’entendent...
Le risque est grand que l’on mette en place une formation délégués d’élèves qui serve de cache-misère, qui fait croire qu’on permet une expression alors que de fait, elle n’existe pas.

Arrêtons-nous donc sur ce point.

L’institution « Education Nationale » peine (c’est un euphémisme) à mettre en place une réelle démocratie dans ses établissements. Certes, les textes existent, souvent de belles circulaires qui font rêver (moi au moins, et pour les sceptiques, je pourrai vous les transmettre), qui donnent une place importante aux élèves dans la vie de leur établissement. Mais les faits montrent que, bien souvent, cette place n’existe que dans les textes et que la participation des jeunes est réduite à peau de chagrin. Ce constat, nous ne sommes pas les seul-e-s à le faire, beaucoup de membres de l’éducation nationale partagent cet avis et surtout, important, militent pour que ça change.

La réalité du terrain n’est pas toujours facile, aidante. Il arrive qu’on se trouve plongé-e-s dans des établissements scolaires où, de fait, les élèves se trouvent confinés à un rôle d’« exécutants », de « transmetteurs d’informations » et point à la ligne. Situation inconfortable pour nous, formateur-ice-s où nous les engageons avec notre intervention dans une posture paradoxale. Nous les accompagnons pour qu’ils se situent comme acteurs d’une démocratie en acte (donc participative, pas seulement représentative) dans un contexte où la marge démocratique est plus qu’étroite.

Mais l’Ecole n’est pas l’unique lieu dans lequel on se trouve dans cette situation. Ah bon, tiens, tiens... En animation volontaire comme en animation professionnelle, par exemple, nous défendons des valeurs, nous les partageons avec des personnes qui se trouvent, à un moment ou à un autre, confrontés à une réalité qui est loin de ce qu’ils voudraient contribuer à mettre en place.
C’est le principe de la réalité qui vient se heurter, parfois de plein fouet, avec le principe de plaisir. Et c’est en cela que les CEMEA ont un rôle fondamental à assumer, celui de constamment mettre en œuvre un travail pédagogique (n’ayons pas peur des mots) pour convaincre de la possibilité, de la nécessité que tout un chacun soit acteur de sa propre vie, ce qui suppose agir sur la société. Cela s’appuie sur nos expériences, sur nos actes, notre réflexion. Cela se construit, entre autres, au sein de nos formations. Laboratoire d’innovation sociale, nous sommes, et c’est un choix politique.

Cela se construit partout, donc aussi dans l’Ecole, qui occupe une place fondamentale, incontournable, dans l’éducation formelle. Les CEMEA ont l’obligation de s’y impliquer, comme force de proposition et d’innovation, en tant que mouvement d’éducation nouvelle reconnu complémentaire de l’école. Dans ce cadre, la mise en œuvre de démarches s’inscrivant dans les pratiques d’éducation nouvelle et passant par la mise en action des personnes et des groupes est toujours à interroger, à questionner, à enrichir... Et dans ce cadre, permettre un espace de parole avec la prise en compte de l’élève dans sa globalité est un petit pas qui contribue, a minima, à la formation de la personne. Notez que j’ai écrit « petit pas », il faut vous dire que je souhaiterais qu’il soit grand, ce pas, mais il est des utopies qui se construisent patiemment. Sans se décourager...

J’ai lu une phrase qui me plaît bien. « Un homme ne devient pas citoyen actif d’une société juste et égalitaire par un coup de baguette magique  ». Cela suppose donc une construction, basée sur des stratégies. Cela suppose aussi un travail partenarial, car nous ne sommes pas les seuls à militer pour former des citoyens. Au sein même de l’institution École, il en est qui sont convaincus qu’être délégués, ça signifie largement plus que l’existant. Entre autres, des chefs d’établissements, des CPE qui nous ouvrent leur porte pour contribuer à changer les choses.

Je voulais ajouter quelque chose qui me semble important. Les textes sur lesquels on peut s’appuyer pour que l’élève soit réellement au centre du système éducatif, pour qu’il ait un véritable statut d’acteur dans la communauté scolaire avec des droits, avec des dispositifs de participation à l’acte de proposer, de décider, et bien ces textes ne naissent pas comme ça. Ils s’appuient sur des mouvements sociaux, sur des manifestations lycéennes qui obligent l’institutionnel à mettre à l’ordre du jour la question de la reconnaissance juridique des droits des élèves, indissociable de leur reconnaissance sociale.

Enfin, dernier point et non des moindres. La participation des élèves doit se construire au quotidien à travers une démarche collective qui concerne l’ensemble des acteurs du système éducatif. La question est donc posée de la contribution des Ceméa à la formation de ces acteurs. On en reparlera bientôt...

J’aurais plein d’autres idées à développer, mais point trop n’en faut pour une première approche, forcément réductrice. A la place, je vous propose une question à méditer : choisit-on de jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Sylvie, militante aux Ceméa

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