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Les enjeux de l’international et l’interculturel dans le champ de l’animation

Pourquoi s’intéresser à l’international ?

Un mouvement d’éducation, comme les CEMEA, s’intéresse plus particulièrement à l’organisation collective des accueils de mineurs, à la place et l’intérêt de l’activité... Pourtant de tout temps les numéros des « Vers l’Education Nouvelle » ou des « Cahiers de l’Animation » peuvent témoigner d’un intérêt sur les questions liées à l’international. Les CEMEA en tant que mouvement, ont même pris à plusieurs occasions des positions comme l’indépendance de l’Algérie.
Il existe effectivement plusieurs raisons pour lesquelles un mouvement d’éducation comme le nôtre se préoccupe de ces problématiques. C’est même un aspect qui distingue un mouvement d’éducation d’un espace de diffusion de pratiques pédagogiques.

Notre rapport au monde
Notre société est de plus en plus mondiale, tant dans les échanges économiques, les déplacements de population... Un des objectifs de l’éducation populaire est de comprendre le monde qui nous entoure pour pouvoir agir dessus.
Pour une ouverture au monde : parce que partir ailleurs n’est pas seulement une découverte consumériste. C’est aussi prendre conscience qu’une interaction continuelle existe entre ce qui se passe dans un autre pays et notre quotidien. Interaction continuelle entre l’ici et l’ailleurs. C’est contribuer a un autre rapport au monde !
Désormais le niveau local et global sont parfaitement interdépendants et indissociables avec comme objectif à terme de favoriser différentes formes de solidarité internationale et une nécessité d’une éducation au développement.

Les questions de l’immigration
La montée du racisme, des peurs liées aux questions de l’immigration, la montée dans les années 80 et 90 des idées d’extrême droite liant les questions de l’immigration et les problèmes de chômage, de sécurité a renforcé une forme « d’ethnicisation » de l’immigration.
Or on sait que réaliser un séjour à l’étranger, se décentrer de sa propre situation peut être un outil, une occasion de mieux comprendre ce que l’on vit local.
Rencontrer l’autre pour mieux se rencontrer : effet miroir, revisiter ses pratiques... Effectivement rencontrer l’autre c’est toujours aussi se rencontrer soi à travers le miroir de l’autre. Partir, vivre dans un autre pays européen ou du monde, être confronté à d’autres langues, d’autres repères quotidiens et fonctionnements sociaux (les transports, les magasins, les services publics, les rituels entre les personnes, le rapport au temps et à l’espace, etc.) peuvent contribuer à la transformation de sa propre personne.

Pacte européen de l’immigration

Créer des réseaux à l’échelle européenne et internationale
Créer des partenariats pour fédérer des alternatives à une autre mondialisation et une autre Europe. Dans ces rapports il y a une importance dans la réciprocité de ces relations, des apports croisés de chaque partenaire, de l’innovation éducative partagée.
Les objectifs à l’échelle européenne sont de plusieurs ordres :

  • Partager les éléments de nos réalités sur l’encadrement et sur la formation
  • Identifier les critères communs sur le sens de l’animation, de l’éducation non formelle
  • Mettre en place des échanges d’animateurs/trices et de formateurs/trices
  • Faire une recherche sur les dispositifs existants sur l’éducation non formelle et sur la formation et des faire émerger des consensus sur ce qui fait commun

L’objectif à terme est de valoriser et faire reconnaître institutionnellement le sens et de rôle de l’éducation non formelle (animation) et de la formation qui en découle.
C’est pour répondre à ces différents objectifs que nous nous inscrivons dans différentes actions et programmes à l’échelle européenne. Il y a entre autres une action actuellement autour d’un Programme Education et Formation Tout au Long de la Vie / GRUNDTVIG – Partenariats éducatifs avec différents partenaires : Cemea du Piémont, Institut National des Enfants et de la Jeunesse du Ministère de l’Education de la Jeunesse et des Sports de la République Tchèque, Escuela de Madrid. Il y a d’autres rencontres annuelles au sein du réseau européen de l’Eaicy

Une éducation interculturelle
La question de l’interculturel pose dans un premier temps des questions dans notre rapport à l’autre. Ce rapport est complexe à mettre en oeuvre. Comment gérer le conflit accentué par les différences culturelles ? Comment accepter l’autre, vivre un rapport égalitaire malgré les différences d’approche des choses. Ne pas questionner ce rapport, ces sentiments diffus et complexes c’est prendre le risque de tomber dans l’ethnocentrisme (peur de l’autre, refus de la différence avec une défense du moi, et un replis sur moi...) ou l’exotisme (fascination sans distanciation de l’autre...)
Cela nécessite de prendre conscience à la fois des enjeux de société et de la complexité de mettre en oeuvre cette éducation. Cette démarche éducative n’est en rien naturel, elle se réfléchit et nécessite de construire des démarches particulières.
« Pour arriver à créer une Europe interculturelle et une autre mondialisation, il est donc nécessaire aujourd’hui d’apprendre d’abord à connaître les autres et d’apprendre à se connaître soi-même, dans un rapport permanent à l’altérité. Il faut être conscient de sa propre culture, de ses références et entrer dans un dialogue réel avec les autres pour pouvoir ensuite construire des solutions ensemble. » (VEN n°521, Janvier 2006)

Quelles pratiques au niveau de nos actions à l’international

« Rencontrer est un art difficile ; cela s’apprend ; l’enseigner à tous est la tâche première de notre communauté », Albert Jacquard.
C’est parce que nous sommes convaincu que la rencontre avec l’autre se provoque, s’accompagne et s’apprend en vivant des expériences, en expérimentant et en s’entraînant. C’est parce que nous sommes convaincu que « partir, vivre, travailler dans un autre pays européen ou du monde », être confronté à d’autres langues, d’autres repères et fonctionnements sociaux peuvent contribuer à la transformation de la personne.

Eléments pédagogiques pour organiser le départ et la rencontre
Partir, pour réaliser une réelle rencontre, pour pouvoir aller vers des actions de solidarité internationale.
Il existe pour nous un processus. On ne naît pas avec une conscience internationaliste. Tout comme les idées de démocratie, ça ne s’apprend pas par des leçons de morales. On apprend ces valeurs avant tout par la pratique, l’apport théorique ne pouvant prendre tout son sens que s’il existe une pratique. C’est pour cela que dans nos institutions (la classe, le centre, la famille...) nous mettons en oeuvre des espaces de paroles, des espaces décisionnaires en fonction des capacités et des compétences des personnes et du groupe.
Il en est de même pour les questions liées à la solidarité internationale. Le séjour à l’étranger est une première étape, pour réaliser une rencontre, pour prendre de la distance, pour construire une relation égalitaire mais avec empathie, puis s’inscrire dans une relation de solidarité.
Pour mettre en oeuvre cette éducation il faut quelques conditions :

  • le projet, l’agir un élément incontournable. « L’activité est essentielle dans la formation personnelle et dans l’acquisition de la culture »(Gisèle de Failly) Aller à l’étranger ne suffit. Nous pouvons complètement passer à côté de la rencontre. Il faut donc un projet auquel doit adhérer les jeunes au risque de n’être que le projet de l’équipe d’animation. Les idées de projets sont multiples : un chantier, un reportage... L’activité, surtout si elle ne se réalise pas qu’entre français mais en interaction avec les personnes du pays visités, est une occasion de faire ensemble. Etape nécessaire pour mieux se connaître pour imaginer à terme du vivre ensemble.
  • pour permettre une rencontre la dimension du groupe est importante. En partant avec des groupes conséquents sur des séjours adolescents à l’étranger, il faut par moment diviser le groupe. On ne peut pas rencontrer si on arrive dans un café, sur une place à quarante...
  • préparer au départ. Il convient donc de préparer les différentes étapes mentales du séjour, travailler autour de ses représentations, avoir des espaces de paroles sur son vécu avant, dans la phase immersion, pendant le séjour et au retour. Pendant ces différentes étapes nous passons par différentes représentations. Et il convient de mettre des espaces de paroles, de travailler sur ses propres représentations pour éviter les écueils, les claques lors d’une réelle rencontre. Plus nous partons loin (pas en kilomètres mais en terme de culture) plus il convient de porter une attention sur cette dimension : la claque n’est pas éducative.

Comment former à l’interculturel ?
Peut on parler de compétences spécifiques à l’interculturel et à l’international ? Ne faut t-il pas plutôt parler de savoir-faire ou de savoir être ? Former à l’interculturel serait-t-il, dans les termes de son énonciation, une tentative d’imposition de normes dominantes à des groupes humains socialement et culturellement dominés ?
Aux cours d’un atelier lors des journées de l’interculturel à Montpellier (17 – 20 Mars 2005), il a été repéré des compétences spécifiques :

  • Capacité de distanciation et d’analyse
  • Capacité d’écoute
  • Capacité à se remettre en question et à être remis en question
  • Capacité de gestion des conflits : le « potentiel conflictuel » devant être exploité au maximum. Les conflits ne doivent pas être évités, mais doivent au contraire servir de support à des apprentissages.
  • Capacité à gérer son stress.
  • Savoir donner ou recevoir
  • Capacité d’empathie
  • Savoir être humble

Sur les formations, les propositions d’éléments à traiter sont les suivants :

  • Réflexion sur le rôle du voyage et son exploitation pédagogique et sur le potentiel éducatif en termes de transformation individuelle et collective
  • Importance des apprentissages linguistiques : la langue étant un aspect de la culture mais pas toute la culture. D’un autre côté les capacités linguistiques ne traduisent pas simplement des aptitudes à communiquer avec l’autre, mais aussi des aptitudes à comprendre et à décoder le système de référence de l’autre.
  • Importance du travail de réflexion sur sa propre identité : capacité de distanciation.
  • Acquisition de savoirs, de savoirs faire, de savoir être dans le cadre de l’animation et de l’encadrement des situations interculturelles.
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