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Revendiquer le droit aux vacances ?

En cette période dite « de crise », où pour de nombreuses personnes, se nourrir, se loger, se soigner... est compliqué, n’est-ce pas indécent de lutter pour le droit aux vacances ? N’est-ce pas s’enfermer dans des privilèges bourgeois ?

Au 19eme siècle, les vacances sont effectivement un modèle bourgeois, très organisé (la côte à une période de l’année, pour profiter de l’air marin et de ses bienfaits sur la santé, les cures thermales à telle autre période etc...). Les mouvements ouvriers , en opposition, condamnent cette oisiveté. Paul Lafargue témoigne de cette valeur travail présente dans la classe ouvrière : « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail... » [1]
C’est à partir des années 1920, que la classe ouvrière s’organisera pour revendiquer le droit aux vacances. Revendication qui aboutira en 1936 avec la mise en place de deux semaines de congés payés. Puis de 1936 à 1982, les grèves, et autre mouvements sociaux permettront de passer progressivement de 2 à 5 semaines de congés payés.

Actuellement ces congés payés sont pleinement intégrés dans la société française, et ont permis de développer toute une industrie du loisirs. Si les congés payés étaient actuellement remis en cause, il n’y auraient pas que les salariés à se mobiliser... L’ensemble des acteurs économiques du tourisme (un secteur conséquent économiquement) se mobiliserait également.

Pour autant, nous continuons à nous mobiliser pour défendre un droit aux vacances. Ce droit aux vacances est d’ailleurs très différent des congés payés ; si actuellement les salariés et les chômeurs ont droit à 5 semaines de congés par ans, 4 personnes sur 10 ne partent pas en vacances [2]. En revendiquant un droit aux vacances, nous y intégrons l’ensemble des autres droits : se nourrir, se loger, se soigner... droits fondamentaux qui permettent de partir en vacances. En effet comment partir en vacances si ces besoins fondamentaux ne sont pas comblés ?

Revendiquer le droit aux vacances c’est donc revendiquer que chaque personne ait les moyens matériels de ce départ. Par exemple ; les étudiants ou étudiantes qui sont « en vacances » pendant l’été mais doivent travailler pour payer leurs études n’ont pas les moyens de partir en vacances, d’être en vacances.

Si les congés peuvent répondre à un besoin de repos, et permette d’organiser socialement le renouvellement de la force de travail (ou scolaire), les vacances ne répondent pas à cet objectif. Étymologiquement, la vacance du latin vacare, signifie être vide, être inoccupé, être sans. C’est donc le temps pour soi, pour se ressourcer, se construire en dehors d’un quotidien qui ne laisse que peu de temps à cette vacance. Nécessaire dans la construction de sa personne, elle est donc différente de certaines formes de congés orientés exclusivement vers des activités de consommation, qui tendent à remplir cette vacance, parfois inquiétante, mais nécessaire.

Les vacances c’est donc un temps pour soi, que l’on peut partager avec d’autres, et qui vient produire une rupture dans son quotidien, rupture nécessaire pour penser ce qui m’entoure, et ce que je vis. Dégager d’un certain nombre de contraintes du quotidien, elles permettent également de vivre des rencontres sur un mode davantage égalitaire. L’école ou le travail sont des espaces qui nécessitent d’être productif, instaurant une hiérarchie entre les personnes et en excluent certaines (par exemple certaines personnes en situation de handicap).

Défendre le droit au vacances c’est pour nous garantir la possibilité matérielle que chacun et chacune puisse partir en vacances, mais c’est aussi engager une réflexion sur les vacances, et les possibles qu’elles offrent. En effet, trop souvent les vacances sont des espaces de consommations plus que des espaces de constructions ; et cela tant au niveau des enfants que des adultes. La marchandisation des vacances mise en place avec l’arrivée des loisirs de masses, prive les vacances de la possibilité d’agir, de prendre du temps, et de construire.

Notre place, en tant que mouvement d’éducation populaire, et donc de permettre que ces temps de vacances soient des temps de constructions, individuels bien sûr, mais aussi collectifs. Lutter contre cette marchandisation des vacances c’est donner les moyens aux personnes de construire leurs vacances, d’en être acteurs.

Ces orientations sur les vacances sont applicables aussi pour l’enfance et la jeunesse. Les premières colonies de vacances avaient des visés très utilitaristes, et hygiéniste (sortir les enfants de l’air vicés des villes, permettre qu’ils ne s’abandonnent pas à l’oisiveté improductive...). Aujourd’hui les vacances des jeunes et des enfants ont des visés très consuméristes. De nombreux séjours se construisent exclusivement sur l’activité de prestation, et n’intègrent pas la possibilité d’agir, de prendre du temps pour soi dans leurs organisations.
Nous retrouvons donc, comme pour les adultes, ce marché des vacances, avec le développement d’organisateurs privés, mais aussi avec des équipes, et des organisateurs qui reproduisent cette marchandisation des vacances.

Nous souhaitons donc agir, avec d’autres, au travers de nos formations pour que les séjours de vacances proposés ne tendent pas vers une préparation du futur consommateurs de tourisme. Nous souhaitons des séjours qui permettent de prendre le temps pour soi, de s’expérimenter, d’agir sur ce qui nous entoure.

Le droit aux vacances que nous portons avec d’autres, intègre la notion de volontariat. En effet donner les moyens matériels aux personnes de partir en vacances, c’est leurs permettre de faire le choix de l’expérience de volontariat. Si actuellement certains étudiants ou étudiantes choisissent l’animation volontaire pour pouvoir manger à la rentrée, ce n’est pas le statut de volontaire qu’il faut dénoncer ; c’est l’impossibilité qu’on certains étudiants et étudiantes de vivre des temps de vacances choisis (et qui peuvent donc intégrer le choix du volontariat). Nous continuons donc à défendre un statut de volontaire dans l’animation, différent de celui de salarié, mais cette revendication ne prend pleinement sens que dans une revendication du droits aux vacances pour tous et toutes.

Notes

[1Le droit à la paresse, Paul Lafargue, 1880

[2Selon une étude l’INSEE de 2001

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